Une question revient dès qu'il s'agit de choisir comment construire un site : quelle technologie donne le site le plus rapide ? La réponse existe, elle est publique, et elle est mesurée chaque mois sur des millions de sites réels. Elle est aussi moins flatteuse pour le sur-mesure qu'on pourrait l'espérer.
Ce que Google mesure, exactement
Google note trois choses sur chaque page, à partir des visites réelles des utilisateurs de Chrome. On les appelle les Core Web Vitals.
- Le LCP : temps d'affichage du plus gros élément visible. Il doit rester sous 2,5 secondes.
- L'INP : délai de réaction de la page à un clic ou une frappe. Sous 200 millisecondes.
- Le CLS : stabilité de la mise en page pendant le chargement. Sous 0,1.
Un site passe quand ses trois notes sont bonnes pour 75 % de ses visiteurs. C'est exigeant : en mai 2026, seules 55,9 % des origines du web y arrivent. Ce chiffre est le repère qui compte, parce qu'il transforme un pourcentage abstrait en position relative.
Le classement d'avril 2026
HTTP Archive publie le relevé par technologie. Part des sites qui passent les trois Core Web Vitals, suivie du poids de page médian.
| Plateforme | Sites passant les trois CWV | Poids de page médian |
|---|---|---|
| Duda | 85 % | 1,78 Mo |
| Wix | 80 % | 2,67 Mo |
| Shopify | 79 % | 3,77 Mo |
| Astro | 67 % | 1,65 Mo |
| Drupal | 64 % | 2,39 Mo |
| Joomla | 58 % | 2,65 Mo |
| WordPress | 49 % | 2,76 Mo |
| Ensemble du web | 55,9 % | n/a |
Astro est la base technique sur laquelle je construis. Il arrive quatrième. Autant le dire tout de suite plutôt que de laisser le lecteur le découvrir : trois plateformes en libre-service font mieux, et ce n'est pas un accident.
WordPress est sous la moyenne du web
49 %, contre 55,9 % pour l'ensemble du web. WordPress, qui propulse plus de 40 % des sites, fait moins bien que la moyenne de ce qu'il propulse. C'est le résultat le plus frappant du relevé.
Le logiciel n'y est pour rien. WordPress installé nu, avec un thème sobre, est rapide. Ce qui pèse, c'est ce qui s'accumule dessus : une extension installée en 2018 et jamais retirée, un constructeur de pages, deux modules de référencement qui font le même travail. Chacun ajoute sa feuille de style et son script. Au bout de quelques années, la page charge quarante fichiers avant d'afficher son premier mot, et le propriétaire du site n'en sait rien.
La tendance nuance le tableau : WordPress était à 46,3 % en novembre 2025, il est à 49 % en avril 2026. Il se répare, lentement, à mesure que l'hébergement et les thèmes s'améliorent.
Pourquoi les plateformes hébergées gagnent
Duda, Wix et Shopify occupent les trois premières places, et la raison est simple : elles décident à votre place. Vous ne pouvez pas installer une extension qui casse le rendu, ni choisir un hébergement lent, ni charger quatre polices. Le champ des erreurs possibles est fermé.
C'est une contrainte, et c'est exactement ce qui produit le résultat. Un site sur mesure hérite des décisions de celui qui l'a construit, pour le meilleur et pour le pire. La liberté qui permet de faire mieux permet aussi de faire pire.
Le poids de page n'est pas le coupable qu'on croit
Shopify sert les pages les plus lourdes du relevé, 3,77 Mo, et passe pourtant à 79 %. Astro sert les plus légères, 1,65 Mo, et passe à 67 %. Si le poids était le facteur décisif, le classement serait inversé.
Ce qui compte davantage, c'est le nombre de requêtes et le moment où elles partent. Quarante fichiers de 40 Ko coûtent plus cher que deux fichiers de 800 Ko : chaque requête a son coût fixe, et le navigateur ne peut pas tout demander en même temps. Un script de suivi placé avant le contenu retarde l'affichage entier pour 15 Ko.
Ce que le sur-mesure achète vraiment
Pas de la vitesse. Le relevé est clair là-dessus, et prétendre le contraire serait facile à vérifier.
Ce qu'il achète, c'est le contrôle de ce qui la détruit. Sur un site que je construis, il n'y a pas d'extension à désactiver, parce qu'il n'y en a aucune. Pas de thème à alléger, parce qu'il n'y a pas de thème. Quand une page ralentit, la cause est identifiable et corrigeable, et elle ne dépend pas du calendrier de mise à jour d'un éditeur tiers.
L'autre différence est le plafond. Une plateforme hébergée vous amène à un bon niveau sans effort, puis vous y laisse. C'est un excellent contrat si ce niveau vous suffit, et c'est le cas plus souvent qu'on ne l'admet.
Que faire de votre site aujourd'hui
Avant de changer d'outil, mesurez. La plupart des sites lents n'ont pas un problème de technologie, ils ont un problème d'accumulation, et il se règle sans rien refaire.
- Testez votre site sur PageSpeed Insights, et regardez les données de terrain plutôt que le score de laboratoire : c'est la première section, celle qui parle de vos vrais visiteurs.
- Listez vos extensions et retirez celles dont vous ne savez plus à quoi elles servent. C'est le geste au meilleur rendement.
- Compressez vos images et donnez-leur des dimensions. Une image sans dimension déclenche un décalage de mise en page, donc un mauvais CLS.
- Comptez vos scripts tiers. Chaque outil de suivi, chaque widget de chat, chaque bandeau se paie en millisecondes.
Si après ce ménage votre site passe les trois seuils, la question de la plateforme ne se pose plus. Si rien ne bouge, alors elle se pose vraiment.
Sources
Les chiffres viennent du Core Web Vitals Technology Report de HTTP Archive, relevé d'avril 2026, qui croise les mesures de terrain du Chrome UX Report avec l'exploration de HTTP Archive. La moyenne du web est celle de mai 2026. Ces données sont publiques et mises à jour chaque mois : vous pouvez les vérifier vous-même.
Si vous voulez que je regarde le vôtre, l'optimisation de performance est une prestation à part entière, chiffrée après mesure et non avant.



